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On a souvent tendance à faire preuve d'un enthousiasme sans pareil lorsque les chiffres semblent révéler qu'une expérimentation est positivement concluante. "J'avais raison, se dit-on, l'outil marche alors on l'adopte c'est parti !" On aura tendance à n'écouter que les personnes ayant eu le même type de résultat, tandis que les arguments de ceux ayant observé des problèmes ... passeront plus ou moins à la trappe.

Le problème est que parfois l'outil, validé dans un premier temps, se révèlera être décevant ensuite. Comment cela est-il possible ? Tout s'explique ! C'est avant tout une affaire de biais cognitifs. Aussi, avant de prendre une décision (d'achat, notamment) trop rapide, il peut être intéressant d'en savoir un peu plus à ce sujet.



Oui à l'expérimentation mais non aux décisions hâtives !

Vous êtes un formateur féru de tech et souhaitez introduire un grand nombre d'outils numériques au sein de votre institution. "De l'innovation de rupture ! Que dis-je, une péninsule !" Vous avez votre liste devant vous et vous vous sentez vivement supporté par vos collègues dans cette vaste entreprise. Vous souhaitez passer à l'action mais ne comprenez pourquoi il existe des obstacles. Pourquoi faire barrage à la technologie et au progrès ? "Il y a deux victimes dans cette affaire, mon cher Watson," vous dis-je.

La première, ce sont les formateurs/ enseignants souhaitant calmer le jeu et garder leurs habitudes, parce que pourquoi changer ? On appelle cela une dissonance cognitive ! C'est à dire que vos collègues sont probablement irrités par votre enthousiasme pro-tech. Vous avez beau leur démontrer l'efficacité des outils Edtech par des chiffres et des études de cas, ils ont du mal à accepter une réalité qui ne correspond pas à celle qu'ils se sont construite.

Plutôt que de forcer l'initiative, faites preuve de pédagogie, mesurez votre entreprise, proposez des expériences claires, ciblées, allez-y pas à pas, afin de pouvoir entretenir un débat constructif sur la réelle efficacité de certains outils pédagogiques sur les apprenants et les formateurs/ enseignants.

La seconde victime c'est vous-même ! Vous ne semblez pas faire face à des refus directs quotidiennement alors que des freins administratifs vous empêchent de libérer un budget ou d'acheter un outil. Vous êtes l'heureuse victime d'un biais de conformité, c'est à dire un biais vous poussant à accepter presque exclusivement les idées émanant d'un groupe auquel vous vous identifiez. Vous êtes un pro-innovation, pro-tech, vous ne prenez certainement en compte que les avis de collègues ayant le même avis que vous et pas assez ceux des autres !

Pour éviter cela, privilégiez des réunions avec tous les intéressés et É-COU-TEZ vous ! Faites preuve d'empathie et essayez de comprendre pourquoi l'un est pour et l'autre contre. Cela vous permettra de modérer vos propres pensées et décisions.



Des résultats (trop) positifs ? Pensez à l'effet Hawthorne !

Les résultats de vos apprenants à leurs évaluations ont augmentés de 25% ? La plupart sont satisfaits à l'idée d'utiliser le nouvel outil pédagogique ? Vous sautez au plafond tant cette expérience paraît concluante et tant votre enthousiasme est vérifié ? Vous avez peut être raison ! Cependant, vous êtes aussi peut être victime de l'effet Hawthorne !

Effet Hawthorne : Lorsqu'un nouvel outil est testé, les apprenants ont tendance à recevoir un surplus d'attention de la part du formateur relatif à l'expérience. Cette attention provoque un redoublement d'efforts chez ces apprenants, ce qui provoquera une nette augmentation de leur performance en apprentissage. L'effet Hawthorne est passager, c'est pourquoi il est important de tester un outil de nombreuses fois avant de passer à une étape analytique et décisionnelle.

Il peut être intéressant de tester un outil sur un trimestre et d'analyser les retours d'expérience des apprenants par des demande de feedback. Combien de fois en un trimestre ? Tout dépend de l'outil. Une par mois, une par utilisation tout dépend de la facilité à délivrer ce feedback et tout dépend de la motivation des apprenants. À partir de là, il suffit d'observer la tendance. Si la satisfaction des apprenants est continuellement positive, l'outil peut être considéré comme confortable pour les apprenants sélectionnés. Même principe pour d'autres données d'apprentissage telles que les notes ou les commentaires des formateurs et enseignants. Si les notes augmentent significativement et sur le long terme, un trimestre et plus, alors l'outil utilisé peut être considéré comme un outil efficace.

Prendre en compte l'effet Hawthorne ne revient pas à bloquer tout enthousiasme ! En effet, rien de mieux que de l'enthousiasme pour s'engager dans une expérience d'apprentissage différente. Cela revient plutôt à constamment se remémorer les étapes nécessaires à la validation d'un outil pédagogique.


Savoir se rendre compte qu'on est dans le faux

On a beau observer des signes avant coureurs, des coquilles, des problèmes, on a souvent tendance à maintenir le cap. Exemple : vous êtes dans le métro. Une panne persiste depuis 5 minutes. Plutôt que d'emprunter un chemin qui d'ordinaire est plus long, vous préférez rester dans le wagon, de peur que celui-ci ne démarre juste après en être sorti. Les minutes passent et ce raisonnement faiblit, mais vous persistez jusqu'au dernier moment. Résultat : vous aurez perdu quatre fois plus de temps que si vous aviez réagi rapidement. Dommage.

On appelle cela l'aversion à la perte ! C'est un réflexe qui, lorsque nous investissons du temps, de l'énergie ou de l'argent dans un projet nous empêche de changer. Eh bien comme pour le wagon de métro, on peut observer le même type de comportement avec des outils pédagogiques. Si vous voyez qu'un outil pédagogique dépasse un seuil de non retour, il n'aura pas d'impact positif sur l'expérience d'apprentissage, passez donc au plan B ou analysez la situation et passez à autre chose. Pourtant, vous observez, vous semble t-il, régulièrement des signes de bonne augure sur votre expérimentation ? D'ailleurs il vous semble que vous en observez de plus en plus ? Votre enthousiasme vous joue des tours, c'est l'effet Pygmalion.

Comment faire, alors, pour éviter de prendre de mauvaises décisions ? Une fois que vous savez ce qu'il peut vous arriver, il reste trois choses à faire avant de tester un outil pédagogique : se réunir en groupe de décideurs afin de définir la limite non dépassable de problèmes issus d'un outil pédagogique, définir qui pourra juger de manière indépendante de la qualité dudit outil et enfin, et surtout, collecter des observations (feedback des apprenants et des formateurs) et des données (notes aux évaluations, observations sur compétences, engagement des apprenants etc.) qui vous permettront d'avoir un regard un peu plus objectif sur l'utilité ou non d'un outil.

Pour conclure


Oui, appliquer ces multiples étapes à la décision peut ralentir un processus de quelques semaines parfois. Cependant, on parle là d'apprentissage. Réussir sa transition numérique dans les meilleures conditions, c'est une question cruciale impliquant le futur de certaines et certains ainsi qu'une questions de temps et d'argent ! Ne négligez donc pas ces biais. Mieux, savoir qu'ils existent et comment les gérer peut mener à une meilleure collaboration entre les acteurs (enseignants/ formateurs, apprenants, fournisseurs d'outils pédagogiques), ainsi qu'à un meilleur management du changement.


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