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Les épreuves orales sont trop souvent sacrifiées pendant cette période de confinement. Elles seraient trop compliquées à mettre en place dans de bonnes conditions techniques et d’organisation. Il existe pourtant une solution qui évite la plupart des difficultés : les épreuves orales asynchrones. Explications.

Covid-19 : le retour en force de l’épreuve orale ?

Dans un article publié en février 2020, deux professeurs de l’école de commerce de l’Université de Griffith en Australie, Akimov et Malin, proclament le retour en grâce de l’examen oral : le viva voce. Leur étude « “When old becomes new : a case study of oral examination as an online assessment tool” est publiée dans le journal Assessment & Evaluation in Higher Education. Très apprécié dans l’enseignement supérieur anglo-saxon dans les années 1990, l’examen oral était devenu rare car trop coûteux à organiser. Akimov et Malin démontrent que les outils technologiques permettent de réduire considérablement ces coûts de mise en place. (Source https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/02602938.2020.1730301)

L’examen oral synchrone ou asynchrone ?

L’étude menée par Akimov et Malin est limitée à un petit groupe d’étudiants. L’examinateur est présent pendant deux jours et l’oral se passe en direct, de manière synchrone. Chaque étudiant s’inscrit pour un créneau de 30 minutes, 3 questions lui sont posées. Le professeur évalue immédiatement. Chaque candidat présente son permis de conduire en début d’entretien. Les deux chercheurs ont donc montré que passer un examen oral à distance, c’est possible ! Mais ils n’ont pas modélisé leur étude sur un grand nombre d’étudiants et pour toutes les qualités de connexion et d’équipement.

Oraux : pourquoi les outils de visioconférence ne conviennent-ils pas ?

C’est assez paradoxal ! Avec tous les outils de visioconférence à disposition, il ne devrait pourtant pas être compliqué de permettre à un professeur d’évaluer l’oral d’un étudiant. Depuis le début de la crise sanitaire, les étudiants suivent des cours via Teams, Zoom ou bien encore en audio Discord. Des entreprises organisent des réunions ou des séminaires. Des familles prennent l’apéro à distance. Si cela fonctionne pour plusieurs dizaines de personnes, cela ne devrait pas poser de problème en « face à face ».

Visioconférence : petits dysfonctionnements, grosses difficultés

En langage courant, on dit « ça bugue ! ». Dans les faits, c’est une voix que l’on perd, un son haché, de l’écho avec la perte d’une partie du propos. Au quotidien, dans une conversation de travail ou pendant un cours ce n’est pas grave, on peut faire répéter. Il est impensable en revanche de devoir demander à un candidat de bien vouloir reprendre son intervention parce que « cela a coupé ». On est dans un déséquilibre voire une inégalité de traitement entre celui qui dispose d’une excellente connexion et celui qui n’a pas une bonne qualité de bande passante ou de matériel. C’est une forme de fracture numérique.

L’impossible respect d’un planning

Tout professeur qui a organisé ou vécu des journées d’épreuves orales connait cette discipline obligatoire, cette science du respect de l’horloge pour arriver faire passer tous les candidats prévus dans le temps imparti. Avec les problématiques de connexion, les incidents techniques (le micro ne fonctionne pas, les haut-parleurs ou le casque ne sont pas « reconnus » par l’ordinateur), ce sont de précieuses secondes, voire des minutes perdues. Des petits dérapages horaires qui se transforment en énorme retard en fin de journée.

Epreuves orales : la solution passe par l’asynchrone

On évite l’entretien en direct. La question et la réponse ne sont pas produites en même temps. Pour sécuriser la qualité sonore de l’intervention, le principe est de générer un fichier audio en local, sur l’ordinateur ou le smartphone de l’étudiant pour ensuite l’envoyer. L’examinateur reçoit donc les contributions des différents candidats dans un dossier unique et peut s’organiser pour procéder à l’évaluation, à son rythme. Il suffit de donner une date limite de transmission des fichiers sons par les étudiants.

L’épreuve orale asynchrone comment ça marche ?

Comment lutter contre la triche ?

Préoccupation légitime, les réponses à cette problématique existent. La méthode consiste tout d’abord à limiter le temps de réponse du candidat, d’interdire les pauses ou les multiplications des versions. La contrainte horaire avec des temps de réponse minutés dès la réception de la question impose une réponse immédiate et fluide. Pour l’identification, de nombreuses solutions sont opérationnelles ou en phase de test : la photo du candidat, l’empreinte vocale, le téléchargement de documents d’identité, la signature de « frappe » sur un clavier, etc.

Comment gérer les questions de l’examinateur ?

Le distanciel ouvre le champ des possibles sur ce sujet. Vous pouvez proposer un extrait d’émission de télévision ou de radio, une conférence d’un philosophe, d’un chercheur, d’un homme politique, d’un artiste… Et demander ensuite au candidat son commentaire. Cela change de l’analyse de documents mal reprographiés proposée souvent dans les oraux habituels.

Les étudiants utilisent les messages vocaux

Avec cette nouvelle forme d’épreuves orales asynchrones, on pourrait s’interroger sur la difficulté d’apporter une réponse parlée de qualité en s’exprimant dans un micro d’ordinateur ou de smartphone. C’est sans doute vrai pour les « plus de 30 ans » mais pas pour la population qui passe des examens de l’enseignement supérieur. En effet, les étudiants pratiquent une communication asynchrone au quotidien avec leurs proches. Ils « poussent » des messages vocaux via leurs applications préférées. Leurs interlocuteurs pouvant leur répondre plusieurs dizaines de minutes plus tard…après les cours par exemple. C’est devenu un véritable mode de transmission de la parole.

En savoir plus :

Les bonnes pratiques de l’Université de Berkeley pour les examens à distance.